13/12/2017

COURS PUBLICS - JEUDI 11 JANVIER 2018 - NICOLAS DETRY - LES PATRIMOINES MARTYRS ET LES RUINES DES XXE ET XXIE SIÈCLES. UN RÉCIT EUROPÉEN.

Cité de l’architecture et du patrimoine - Cours publics à 18h30 - cycle "Relever l’héritage après les ruptures de l’Histoire" - Jalons d’hier et débats d’aujourd’hui

Une profonde mutation de l’histoire du monde accompagne la période de la Reconstruction, dont le chantier est un laboratoire européen. La restauration des monuments historiques après 1945, travail colossal, urgent et nécessaire sert de creuset pour renouveler les techniques mais aussi les théories de la restauration. La question de l’acceptation ou de la non-acceptation de la perte est au cœur des enjeux ; la notion de perte recouvre ici plusieurs dimensions : culturelle, matérielle, identitaire, psychologique, etc. La chute d’un fragment d’enduit d’une peinture murale, les impacts de mitraillette, la chute des voûtes d’une église, les cassures dans les travées d’une façade, l’écroulement de la nef d’une église, la destruction de tissus urbains sont autant de lacunes qui nous font réagir. Face à ces lacunes on observe des positionnements différents. Ici et là, conservation, restauration et / ou reconstruction restent des questions débattues avec passion : entre ceux qui manquent de repère et la spécialisation des autres, le dialogue est parfois difficile.

Face à cette constatation, le thème de la « lacune » comme fil d’Ariane permet d’esquisser une forme d’allégorie du patrimoine martyr. La « réintégration des lacunes » dans la pensée de Cesare Brandi, avec ses fameux « axiomes », aide à penser la réparation. La restauration post-bellica peut alors être une forme de guérison, mais une guérison qui conserve – exigence éthique - des traces du passage de l’œuvre dans le temps, y compris dans le temps des ruptures de l’histoire. Entre en jeu ici la mémoire individuelle et collective.

Depuis 2001, divers pays subissent des destructions intentionnelles ou par effets collatéraux. Comme pour ajouter du désespoir à la détresse, les guerres en Syrie et au Proche-Orient créent de nouveaux patrimoines martyrs. Pour illustrer ces questions sensibles, des projets de restauration post-bellica particulièrement significatifs seront analysés en Allemagne, en France, en Italie et en ex-Yougoslavie, sur une période allant de 1945 à aujourd’hui.